Malgré leur apparence, les pierres précieuses ne sont pas totalement inertes. Elles portent en elles l’énergie avec laquelle elles ont été conçues, qu’elles soient tombées du ciel ou aient été expulsées par le formidable courant tellurique qui gronde dans les entrailles de la terre. Les gemmes continuent de vibrer longtemps après qu’elles se sont refroidies, que leur masse s’est condensée dans leur gangue terreuse, que leurs éclats se sont dispersés au gré des lentes érosions. Les pierres précieuses semblent avoir oublié la source de leur création, mais elles conservent en mémoire les chants liturgiques du magma infernal qui les conçut ou le frémissement du voyage sidéral qui les projeta ici-bas. Et c’est probablement dans cette empreinte ondulatoire, parcelle de la vibration originelle qui accompagna la naissance des étoiles, que réside leur mystère minéral.
L’Homme tente depuis toujours d’arracher à leur mutisme le secret de leur parure, de styliser leur sortilège à son image. Le peut-il ? À une condition : qu’il sache qu’en posant la main sur elles, il prend entre ses doigts les derniers témoins de la création du monde. Les gemmes ont précédé sa venue sur terre pour jalonner son chemin de souffrance et de rêve. Qu’il les honore comme il sied en les taillant avec délicatesse, de manière à faire éclore, comme il s’y prendrait avec les roses, l’émotion latente des passions éternelles. Ainsi lui arrive-t-il, dans ses moments d’extase ou d’égarement, de substituer à son humble destin de polisseur de pierres l’illusion mythique du lapidaire cosmique.
